Vers la formation des communautés transnationales


di Associazione RomaDakar

Avec la publication du site internet retourausenegal.org nous avons commencé à jeter un coup d’œil sur les processus de longue durée liés aux migrations internationales. En Italie l’immigration est toujours perçue par les medias et par les responsables politiques comme une émergence; on ne voit pas les implications de longue durée à propos des migrations transnationales.

1.

Les sciences sociales, à propos du profil des migrations, ont identifié deux résultats principaux. Le premier résultat est le cas d’une progressive intégration de la population étrangère au sein de la communauté d’accueil: les migrants apprennent la langue du pays qui les reçoit, des enfants des parents étrangers naissent et ils vont à la même école que les enfants indigènes, les quartiers de la ville se mélangent, des mariages mixtes se célèbrent, peu à peu la différence s’affaiblit entre les étrangers et les nationaux au niveau de l’emploi et du marché du travail; bref, l’immigré devient indiscernable du citoyen et l’étranger devient tout simplement « peuple ».

2.

Le deuxième résultat prévu par les sociologues est le cas de la différence permanente entre les étrangers et la communauté d’accueil: il y a une stable séparation spatiale entre les quartiers et les villes, les étrangers n’apprennent pas la langue, les populations ne se mélangent pas, la deuxième génération ne s’intègre pas elle non plus dans le pays; bref, on va vers la formation de ghettos.

 

3.

Mais entre ces deux résultats extrêmes des migrations dans la longue durée, celui de l’intégration ou de l’assimilation complète et celui de la complète séparation spatiale et culturelle, il y a une troisième possibilité, une possibilité peut-être plus intéressante pour tous, pour les communautés des migrants et pour le pays d’immigration, c’est-à-dire la formation de communautés transnationales. La formation des communautés transnationales constitue une tendance nouvelle sur laquelle l’association Rome-Dakar mise avec conviction. Nous imaginons que les mouvements migratoires vont se structurer dans le futur, en contribuant à la croissance civile, économique et culturelle du pays d’accueil tout comme du pays d’origine; des nombreux migrants tendent à se placer dans un lieu mixte, à mi-chemin entre le contexte de provenance et celui d’arrivée; ils se sentent toujours pris dans une condition de transition, en mettant en œuvre des mouvements d’allée-retour; ainsi faisant ils créent des liens continus entre les différents pays qu’ils touchent.

4.

La tendance à la formation de commu- nautés transnationales est un fait très remarquable dans le monde contemporain; ce phénomène engendre une nouvelle conception du migrant, qui devient, à bien y regarder, un sujet toujours prêt à se déplacer et à changer continuellement son axe géographique et existentiel, selon les circonstances de la vie. Le membre d’une communauté transnationale est, à bien y regarder, une sorte de migrant à vie. Il ne s’enracine jamais de façon trop stable, car il habite deux mondes au moins, voire plus. De cette façon les migrants produisent des liaisons, des liens, des échanges, des constellations déplacées dans la planète. Cela conduit, en perspective, à la création d’un monde enfin global, sans frontières, sans murs, sans bornes, sans passeports, un monde où chacun peut exercer son droit à se déplacer, à faire des expériences ailleurs, à retourner, à se mouvoir dans des différents pays, à circuler sans rencontrer des empêchements démesuré au niveau bureaucratique.

5.

Des progrès considérables restent à faire avant d’arriver à vivre dans une véritable métropole globale, dans laquelle il serait possible de se promener sur l’Avenue Pompidou à Dakar, tourner un coin et se trouver à Piazza Vittorio à Rome, traverser une grille et plonger tout de suite à Brooklyn (où il y a une très forte communauté de sénégalais). Notre engagement, l’engagement de Rome-Dakar va dans cette direction, pour notre part – nous soutenons la mondialisation; non pas la mondialisation qui procède d‘en haut, des marchés financiers, des sociétés multinationales et du turbo-capitalisme; nous soutenons la mondialisation d’en bas, crée par les mouvements des migrants. En effet, les migrants érodent peu à peu les bornes et les frontières; ils ouvrent les pays aux flux internationaux, ils permettent, par exemple à un pays parfois ainsi provincial comme l’Italie, de s’ouvrir, d’entrer en liaison avec tous les faits, avec tous les lieux du monde.

6.

Evidemment beaucoup de choses restent encore à faire avant d’arriver à vivre dans une véritable métropole globale. Pour simplifier la question, on pourrait énucléer trois tâches, trois actions indispensables. Des actions qui se placent au niveau économique, au niveau individuel, au niveau politique.