Ecosystèmes tech africains: entre progrès et prudence


de Dario Giuliani

L’enthousiasme qui gravite autour de l’idée de “ Africa”, au moins dans le milieu anglo-saxon, commence à perdre le goût de la nouveauté qu’il avait quelques années  auparavant.

En partant de quelques recherches parues ces derniers mois, il  me plairait de fournir quelques détails pour mieux comprendre les écosystèmes technologiques du continent.

La charge des “tech Hubs” africains

GSMA a reproposé il y a quelques jours la cartographie des sois disant “Tech hubs africains, c’est à dire les offices et les initiatives en support aux nouvelles initiatives entrepreneuriales.

Pour mieux comprendre, l’étude dresse une liste des espaces de coworking, les incubateurs et les accélérateurs de startup et les soi-disant makerspace et hackerspace (laboratoires pour hardware et software).

Selon GSMA, il y a 442 tech hub en Afrique.

Il s’agirait d’une augmentation de presque 50% du nombre d’offices dédiés par rapport aux dernières données relevées.

L’Afrique  du sud, Nigeria, Kenya, et l’Egypte font de figures de proue du continent et surgit l’émergence d’écosystèmes secondaires en Afrique francophone guidée par la Cote d’ivoire, alors qu’en Afrique du nord  le dynamisme  des pays tels que le Maroc et la Tunisie se distinguent par l’augmentation de la production d’énergie renouvelable.

La recherche met en exergue l’intérêt grandissant de la part des géants de la technologie tels que Google, Facebook, Microsoft, et Alibaba,  envers le monde de l’entrepreneuriat technologique africain, elle souligne aussi la tendance à la spécialisation ( sectorielle ou en phase de développement) des espaces en support aux entrepreneurs africains.

Toutefois, à nos jours, il n’existe pas d’études ou de data base en mesure de quantifier l’impact de ces initiatives sur le succès réel dans le temps des entreprises “incubées”

Certains observateurs ( pour le moment surtout en Inde) soutiennent plutôt que les services offerts par ces espaces ne reflètent pas la qualité et les caractéristiques plus utiles aux nouveaux entrepreneurs.

Capitaux à risques?  Encore faibles

Partech Ventures est un fonds d’investissement américain qui publie chaque année un rapport sur la situation des financements par startup technologique en Afrique. La dernière version relève en 2017 une augmentation nette de plus 50% pour un chiffre  d’un demi milliard de dollars investis, concentrés dans la “triade d’or” Afrique du sud, Kenya et Nigeria.

Le magazine Disrupt Africa, dans son Tech Startup Funding Report 2017  parle d’un chiffre nettement inférieur : 195 millions de dollars. L’explication?  Est à chercher dans la méthodologie utilisée par Partech qui inclut les ICO (crowfunding avec émission de cryptomonaies) et les startup lancés de founder étrangers.

De toute façon, si nous comparons ces valeurs aux 155 milliards de dollars de Venture Capital au niveau mondial on peut comprendre comment nous sommes entrain de parler de chiffres encore dérisoires.

A Singapore (avec 5 millions d’habitants) ont été investis l’année dernière 1,2 milliards pour les startup alors que au Nigeria (avec 190 millions d’habitants) ces mêmes fonds dépassaient difficilement les 100 millions de dollars.

Les défis à l’horizon: infrastructures et capital humain

La faiblesse des capitaux n’affectent pas seulement le monde des startup. Un récent rapport de Dalberg a calculé que, pour atteindre les sustainable Development Goals, il faut trouver 3.2 billions de dollars (millions de millions) chaque année jusqu’en 2030.

Si nous comparons les budgets nécessaires pour alimenter les économies du continent ( programmes gouvernementaux, infrastructures, accès au crédit, etc.) avec les chiffres du monde embryonnaire de l’innovation ce dernier semble une niche presque dérisoire.

Enfin il y a un certain vacarme autour du concept d’innovation africaine qui finit par inhiber les défis cruciaux liés à la formation du capital humain, noeud crucial pour une croissance inclusive et durable.

Le taux de scolarisation africain demeure encore limité (au Nigeria, il y a quelques années de cela, on parlait de moins 10% de taux d’éducation tertiaire)  et le flux  d’étudiants et de maîtrisards vers l’Asie, les Etats Unis et l’Europe paupérisent le continent de ces cerveaux les plus brillants.

Donc,  l’innovation technologique,  l’augmentation de capitaux, et l’ abondance de jeunes constituent un atout promettant (le soi-disant “dividende démographique” ) mais il faut mettre tout en prospective pour ne pas tomber  dans l’euphorie des optimismes superficiels.

6 des 10 économies à plus forte croissance en 2018 se trouvent en Afrique subsaharienne mais les difficultés à l’horizon sont multiples à compter la croissance de la dette publique ou encore les très faibles bases imposables des Etats africains, où les économies sont encore dominées par le secteur informel.

Optimisme certes, mais avec prudence.

Et surtout se conférer toujours aux données.

Article initialement publié sur le site Vadoinafrica.

(traduction de l’italien de Ousmane Ndiaye)